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mardi 15 juin 2010

Le Cantique des innocents (commentaire de Christian)

« Pourquoi ai-je attendu tant d'années avant de découvrir l'univers séduisant des personnages de Donna Leon? Le petit côté convenu et décoratif de Venise me rebutait? Le décor est trompeur. L'inspecteur Brunetti étonne et enjôle et Le cantique des innocents est une subtile et pénétrante enquête sur le besoin d'élever des enfants dans nos sociétés occidentales et pose la question: jusqu'où les gens sont capables d'aller pour en avoir?

Brunetti nous charme par son humanité, par son côté philosophe, par son côté contemplatif: qui ne le serait pas en vivant dans une ville comme Venise. À l'opposé des policiers, dépressifs ou alcooliques, des polars à succès des dernières années, sa vie familiale est sereine, il a une épouse et des enfants aimants et compréhensifs. Les scènes de repas familiaux, décrites dans le menu détail, tiennent une place aussi importante que l'enquête. On traite de choses sérieuses autour de cette table, mais pas au détriment des plaisirs de la bouche et de l'esprit. J'en sors conquis, comme des millions d'autres lecteurs dans le monde. »

Christian Vachon, librairie Pantoute


Donna Leon, Le Cantique des innocents, Calmann-Lévy

lundi 14 juin 2010

La Guerre fantôme (commentaire de Christian)


« Quand l'univers de Robert Ludlum croise celui d'Ian Fleming. Un époustouflant et judicieux clin d'oeil à l'actualité internationale au moment où la Chine joue les gros bras face au géant américain. Qui a dit que James Bond est mort à la fin de la guerre froide? Du pur roman d'espionnage accompagné d'une dose d'adrénaline et de testostérone à la Jack Bauer. Le plat terminé on en redemande encore. Une de mes trouvailles les plus heureuses des derniers mois. »

par Christian Vachon


Alex Berenson, La Guerre fantôme, Seuil.

mercredi 12 mai 2010

La Trilogie berlinoise (commentaire de Christian)


Quel bonheur que cette réédition révisée de la classique Trilogie berlinoise de Philip Kerr. Ersatz de Sam Spade ou du Gittes du Chinatown de Polanski égaré dans le régime nazi, le privé Bernie Gunther, témoin de la corruption, des luttes intestines du parti nazi, ou des sinistres lendemains de l'après-guerre, n'en finit pas de glisser du cynisme au désabusement. Les plus noirs des romans historiques, les plus historiques des romans noirs, les trois récits de Philip Kerr nous baignent dans le quotidien méconnu, parce que non caricaturé, de l'Allemand ordinaire et désorienté au coeur de l'ambiance oppressante du IIIe Reich. Pas de coup d'éclats à la Ken Follett dans l'oeuvre de Kerr, mais que de brio dans l'élaboration de son intrigue. Pas de manichéisme trop évident dans sa galerie de personnages, ses nazis ne sont pas grotesques, ni balourds, mais n'en sont que plus terrifiants dans leurs desseins. Je me compromets pour une rare fois et j'ose dire que La trilogie berlinoise est un incontournable pour l'amateur de polars.

Christian VACHON

Philip Kerr, La Trilogie berlinoise

13 heures, de Deon Meyer (commentaire de Christian)

Un grand suspence. Le cru le plus délectable du printemps 2010. Cardiaques soyez avertis: la tension grimpe à chaque page. Meyer nous séduit non seulement par sa maîtrise du récit, mais par sa description impitoyable, accablante, perturbante des travers de la nouvelle Afrique du sud. Entre blancs et noirs, entre xhosas et zoulous, entre tout ce beau monde et les métis, le mépris, la méfiance dominent. Benny Griessel, le vétéran inspecteur de la police sud-africaine, tant de survivre à tout cela, à son problème d'alcool, à la discrimination, «et a toute cette politique merdique». Il est pompier, tout ce qu'il fait, c'est d'éteindre les incendies. Au-delà du racisme, de la haine, du poids du passé, Meyer célèbre avec ses personnages la victoire des gens qui cherchent tout simplement à bien faire leur travail. Roman après roman, Meyer effectue un parcours sans faute. Peu d'auteurs de polars peuvent prétendre à une fiche aussi immaculée.
Christian VACHON

Deon Meyer, 13 heures

jeudi 15 avril 2010

Hypothermie (commentaire de Christian).

Christian a apprécié le dernier Indridason, Hypothermie, mais pas autant que d'autres bouquins du même monsieur:

«Un polar atypique pour le moins. Rustique. Intimiste. Une ambiance à la Simenon, l'impression d'entendre le vent siffler sur la lande islandaise. L'inspecteur Erlendur «solitaire et apathique», mais surtout entêté, poursuit des fantômes, ceux qui sont la cause du présumé suicide d'une femme, ceux d'un vieil homme survivant depuis trente ans à la disparition d'un fils, ceux d'Erlendur lui-même, le spectre d'un frère disparu lors d'une tempête de neige, le spectre de l'échec de son mariage et d'une famille irréconciliable. Une histoire sans grandiloquence, sans grand rebondissement, tout en finesse et en humanité, même si l'enquête nous remue moins que La femme en vert ou L'homme du lac, du même auteur. Un grand suspense: non. Un récit doux-amer: oui.»

par Christian Vachon.

Arnaldur Indridason, Hypothermie

mercredi 31 mars 2010

Le Bonhomme de neige (commentaire de Christian)

«Depuis plus d'une décennie, les auteurs à succès du monde du polar ne sont pas seulement des habiles techniciens du suspense, mais de méticuleux disséqueurs des travers de nos sociétés, des écrivains avec un propos, le genre de talent qui disqualifie de participer à un Loft Story: le Suédois Mankell, l'Islandais Indridason, l'Écossais Rankin, le Sud-africain Meyer... la liste s'allonge chaque année et le Norvégien Nesbo appartient à ce groupe. Avec Le bonhomme de neige, il réussit non seulement à rafraîchir la formule archi-usée du tueur en série — son histoire peut avantageusement se comparer au Poète de Michael Connelly, le modèle du genre —, mais à y introduire une réflexion sur l'engagement et la paternité. Son récit envoûte, comme tous les grands polars, il nous fait sortir de notre zone de confort, à l'égal presque d'un Ellroy ou d'un Lehane. Le Rouge-gorge de Jo Nesbo était un des dix thrillers les plus chamboulants des dernières années, Le bonhomme de neige se classe pas très loin derrière.»
Christian Vachon

Jo Nesbo, Le Bonhomme de neige

jeudi 25 février 2010

UNDERWORLD USA (commentaire de Christian)

Voici le commentaire de Christian pour Underworld USA d'Ellroy. C'est un coup de coeur sans équivoque. Maintenant c'est mon tour: Christian, tu n'oublies pas de me rendre ma copie?



Un monument, un livre dense, épuisant, une oeuvre qui dévaste. Tout comme à la fin de la lecture des Bienveillantes de Jonathan Littell, cet autre chef-d'oeuvre, j'ai eu besoin d'un solide lavage de l'esprit pour survivre à cette vision ignominieuse de l'âme humaine. Ellroy reconstruit de façon délirante l'histoire récente américaine, une histoire politique dominée par la paranoïa: «La paranoïa définit la droite (...), et elle définit la gauche également. Tout le monde connaît tout le monde et soupçonne tout le monde et a besoin de tout le monde aussi. Les ambitions politiques et les ambitions personnelles se modifient en fonction de ces réalités» (p. 177). «Personne ne meurt» répète souvent Dwight Holly, un des personnages, mais on meure beaucoup dans ce récit hallucinant, et les survivants sont en piteux état, ravagés par leur culpabilité, le poids de leurs méfaits.

Jamais l'écriture d'Ellroy n'a été aussi incisive, éclatante, séditieuse. Elle sublime les faits, les personnages, y compris ce Cruthfield, le «trouduc», ce jeune détective érotomane, alter ego du Ellroy adolescent des années 60, qui s'introduit dans les résidences pour voler des petites culottes de filles.

Un récit perturbant certes, un grand roman
incontestablement. Il se publie une dizaine de classiques durant une décennie et Underworld USA fera certainement partie de ma liste.

mardi 24 novembre 2009

Design et coup de coeur.

Merci à tous ceux qui ont aimé le design du blog, qui est dû au talentueux Mathieu Plasse.

* * *

Christian Vachon a craqué pour le dernier Pelecanos, Un jour en mai :
« D'un roman à l'autre George Pelecanos m'émerveille par la qualité de sa production, par la beauté de ses personnages, par les enjeux moraux abordés dans ses récits, des récits qui s'assimilent plus à une chronique des quartiers noirs de Washington qu'à des grands suspenses, des récits qui mettent en vedette des dealers un peu minables, un peu maladroits plutôt que des tueurs en série démoniaques et rusés, tout cela raconté dans un singulier mélange de violence, d'humour et de tendresse. Dans son dernier ouvrage, Un jour en mai, il confronte le destin de trois individus, Billy Cachoris, Raymond Monroe et Charles Baker, empêtrés dans une bêtise de jeunesse qui remonte à la surface trente-cinq ans plus tard avec, en arrière-plan, le fardeau des guerres en Irak et en Afghanistan qui pèse sur les vies familiales. Pelecanos étant Pelecanos, et c'est pour cela que nous le vénérons, l'histoire comportera son lot de fines notations sur les restaurants grecs, la musique rock, les vêtements, les sports. Tant pis si ses polars n'obtiennent pas les succès d'un Connelly ou d'un Mankell, mon plaisir en devient plus égoïste. »
par CHRISTIAN VACHON


George Pelecanos, Un jour en mai, Seuil.

jeudi 3 septembre 2009

Commentaire: Ciels de foudre (C.J. Box).

Le garde-chasse Joe Pickett retrouve son patelin de Saddlestring au plus grand bonheur des lecteurs. Entêté comme jamais, subissant mépris et entraves de ses supérieurs, enquêtant sur une histoire de disparition et d'héritage au coeur d'un grand ranch familial, il devient la cible d'un règlement de compte. Le plaisir vous donne rendez-vous dans cet angoissant suspense planté dans le décor du Wyoming, refuge naturel, où l'homme conserve sa part de sauvagerie et de rudesse. Assurément, C.J. Box se surpasse, nous rendant encore plus attachant son personnage de Pickett, fonctionnaire intègre, John Wayne désorienté dans un univers ou les valeurs s'étiolent.
par CHRISTIAN VACHON

C.J. Box, Ciels de foudre, Seuil.