lundi 1 mars 2010

Romans, de Dashiell Hammett (commentaire de Stéphane)

Voici mon coup de coeur pour le «Quarto» de Dashiell Hammet, Romans.


«Un des blondinets s’assit au volant. La vitesse ne lui faisait pas peur.»

Tenir le «Quarto» de Dashiell Hammett vous donne l’impression d’avoir entre les mains les «manuscrits de la mer morte» du roman noir. C’est de cette «littérature de papier journal» qu’est venu le grand roman noir, celui des Ellroy, Westlake et autres Dennis Lehane. On est loin des histoires de riches bourgeoises ayant trucidé leur époux juste un peu avant le thé pour toucher leur héritage un peu trop vite; ici le roman noir pose son regard acerbe sur les travers de la société, qui se trouvent dans toutes ses classes.

Il était donc plus que temps que Gallimard refasse ses devoirs en retraduisant ces œuvres fondatrices de la modernité polar. Plus d’argot vaguement parisien en ces pages, plus de manuscrits formatés pour entrer dans un «carré noir». Reste une littérature populaire dans toute sa splendeur (descriptions à traits rapides, efficaces, action menée à un rythme presque futuriste) devenue soudainement la sœur de la «grande» littérature, celle des Hemingway et compagnie. Cette dernière ne s’en est pas encore remise.

jeudi 25 février 2010

UNDERWORLD USA (commentaire de Christian)

Voici le commentaire de Christian pour Underworld USA d'Ellroy. C'est un coup de coeur sans équivoque. Maintenant c'est mon tour: Christian, tu n'oublies pas de me rendre ma copie?



Un monument, un livre dense, épuisant, une oeuvre qui dévaste. Tout comme à la fin de la lecture des Bienveillantes de Jonathan Littell, cet autre chef-d'oeuvre, j'ai eu besoin d'un solide lavage de l'esprit pour survivre à cette vision ignominieuse de l'âme humaine. Ellroy reconstruit de façon délirante l'histoire récente américaine, une histoire politique dominée par la paranoïa: «La paranoïa définit la droite (...), et elle définit la gauche également. Tout le monde connaît tout le monde et soupçonne tout le monde et a besoin de tout le monde aussi. Les ambitions politiques et les ambitions personnelles se modifient en fonction de ces réalités» (p. 177). «Personne ne meurt» répète souvent Dwight Holly, un des personnages, mais on meure beaucoup dans ce récit hallucinant, et les survivants sont en piteux état, ravagés par leur culpabilité, le poids de leurs méfaits.

Jamais l'écriture d'Ellroy n'a été aussi incisive, éclatante, séditieuse. Elle sublime les faits, les personnages, y compris ce Cruthfield, le «trouduc», ce jeune détective érotomane, alter ego du Ellroy adolescent des années 60, qui s'introduit dans les résidences pour voler des petites culottes de filles.

Un récit perturbant certes, un grand roman
incontestablement. Il se publie une dizaine de classiques durant une décennie et Underworld USA fera certainement partie de ma liste.

mardi 19 janvier 2010

Un nouveau Winslow !



Je faisais il y a un dizaine de jours une petite liste des polars intéressant à paraître cet hiver. Il doit y avoir eu une crotte dans ma recherche impromptue, parce que La patrouille de l'aube n'est pas apparu dans les résultats.

Un nouveau Winslow est toujours comme un cadeau. Ce ne sera pas une lecture ardue, juste un bon moment de lecture. Si tout va bien, encore un livre qu'on n'a sutout pas envie de lâcher. D'après Jean-Marc Laherrère, l'intrigue «ne laisse aucun temps mort».

Bref, j'ai hâte.

mardi 22 décembre 2009

Noir palmarès 2009.


Amis polarophiles, voici mon palmarès de lectures policières pour 2009, un palmarès à la fois «nouveautés et découvertes» où se côtoient le roman historique «polarisant», le polar uchronique et des valeurs sûres du noir et du thriller.

En fait, il s'agit de mon palmarès de lectures tout court pour 2009, où l'on voit que mes intérêts ont tendance à être de plus en plus pointus...


  1. Dennis Lehane, Un pays à l’aube

  2. James Ellroy, American Tabloid

  3. Michael Chabon, Le club des policiers Yiddish

  4. R.J. Ellory, Seul le silence

  5. James M. Cain, Le facteur sonne toujours deux fois

  6. Dennis Lehane, Shutter Island

  7. Donald E. Westlake, Motus et bouche cousue

  8. Jess Walter, Citizen Vince

  9. Michael Connelly, Le verdict du plomb

  10. Elmore Leonard, Hitler’s Day

J'avais à peine commencé American Death Trip, le deuxième volet de la trilogie, que je recevais déjà mon exemplaire du troisième (volet), Underworld USA. Plus le dernier Richard Stark (a.k.a. Donald E. Westlake): 2010 n'est pas encore commencé que j'ai déjà trois bons candidats pour mon palmarès...


En terminant, on trouve les choix 2009 de Yann Le Tumelin, de l'excellent blog Moisson Noire, ici.

mardi 15 décembre 2009

Des listes, mais pas pour Noël.


Je n'ai pas renoncé à préparer une liste des 100 meilleurs auteurs de polars (à partir de la liste de 50 du Magazine littéraire, si vous vous souvenez). J'ai reçu de Denis (mon patron) de quoi faire 10 listes, une vraie liste de listes! Affaire à suivre.

Pour ce qui est de mon article sur les meilleurs polars adaptés au cinéma, voici quelques mises à jour. Je suis en train de lire Le facteur sonne toujours deux fois. Comme je ne l'avais pas lu il n'y a pas si longtemps (en fait il me reste quelques pages), je ne pouvais pas l'ajouter à ma liste. Maintenant si c'était à refaire, je le mettrais peut-être en position neuf ou dix. J'adorais déjà le film (celui de 1946, je ne me souviens pas très bien du remake), et le livre est en train de me convaincre. Il arrivera peut-être la même chose avec Assurance sur la mort (Double Indemnity), si le livre est aussi bon (le film est encore meilleur, un des chefs-d'oeuvre du film noir).

Christian Vachon m'a suggéré Le coup de torchon. J'ai d'ailleurs vu le film dernièrement. Mais je n'ai pas lu 1275 âmes, le roman dont Tavernier a tiré le film. Du moins pas encore.

vendredi 11 décembre 2009

NYT Polar.


Le NYT (New York Times) a publié plusieurs listes de suggestions pour Noël, dont une des "notable crime books of 2009". Il n'y a pas grand chose qui soit à ce jour déjà publié dans la langue de Molière.
Parmi ce qui attise ma curiosité on trouve entre autres le dernier Connelly (The Scarecrow, pas encore d'annonce pour une traduction), un Walter Mosely avec un nouveau personnage (ex-boxeur en plus) et un roman d'un certain Charlie Huston, (presque) inconnu au bataillon, avec un titre délicieux, dont on espère qu'il ne sera pas masacré dans la langue d'Amélie Poulain: The Mystic Arts of Erasing All Signs of Death.

mardi 1 décembre 2009

Sous les mains sanglantes (commentaire de Denis LeBrun).


Denis aime beaucoup Val McDermid. Il m'a souvent dit que les fins de ses romans laissaient à désirer, mais ce n'est pas le cas ici:

«Enfin le retour de l’intuitif Tony Hill, psychiatre et «profileur» et de l’impulsive inspectrice Carol Jordan, un duo improbable qui fonctionne comme un vieux couple (petites chicanes et réconciliations) sans en avoir franchi le pas. Tandis que Tony plane à la morphine dans son lit d’hôpital après avoir été attaqué (à la hache) par un patient dément, Carol est cette fois confrontée à une série de meurtres dont le seul lien est une liste de plantes vénéneuses. Carol ne doute pas une minute que ce sont les médicaments qui sont la cause des déductions fiévreuses et alambiquées de son ami sur l’origine des meurtres. D’autant plus que Tony, cloué sur son lit, doit repousser les attaques incessantes d’une mère manipulatrice et rapace. Les hypothèses farfelues de Tony ne font pas d’ailleurs pas le poids quand une explosion au stade entraîne l’enquête (et Carol) vers un banal complot terroriste et qu’elle en a plein les bras avec une panoplie d’intervenants musclés. Mais Tony, insulté qu’on l’infantilise, continue à suivre les fils de son imagination……

Comme beaucoup d’auteurs britanniques Val Mc Dermid développe des personnages attachants, ambivalents (ne le sommes nous pas tous!) et bien ancré(e)s dans la réalité sociale et quotidienne qui les entoure. Le rythme est excellent, l’intrigue est originale et complexe, et si j’ai parfois émis des doutes sur les finales de ses romans, je dois avouer que celle-ci est particulièrement réussie.
»
par DENIS LEBRUN

Val McDermid, Sous les mains sanglantes, éditions du Masque